Lecture du jour n°18 : Restaurant

Restaurant

C’est clair, si je me planque pour lire en déjeunant au restaurant, c’est moins par tact que par peur d’un accident prévisible dès lors qu’on boit, mange, fume et lit à la fois.

Oui, j’y arrive. Mais pour peu que le volume soit un pavé, ça exige organisation et habileté : mettre à niveau les parties lue et à lire grâce à un accessoire, maintenir avec un cendrier celle des pages qui inévitablement se soulève, tourner les pages.

Là est le risque. Tout occupé aux dernières lignes de la page impaire, on laisse tomber un bout d’endive braisée dans le quart de vin, on pose son verre dans l’assiette, on écrase son mégot sur la nappe, on cale la page avec son couteau sale, le pire était qu’on ne s’aperçoit du gâchis qu’au moment de renverser son verre en pêchant à l’aveugle un bout de viande avec sa fourchette. Ignoble, mais rarissime.  Une fois l’an, à peine. Assez tout de même, pour se soustraire aux regards.

Les accidents de petit déjeuner sont plus fréquents, surtout si on a la détestable habitude de tremper son croissant dans son bol de café, transposition moins littérairement correcte que d’amollir un morceau de madeleine dans une cuillerée de thé.

 Annie François. Bouquiner. Seuil 2000