Lecture du jour n°17 : Les vertiges de la forêt

« Les vertiges de la forêt »

…  Au cœur de la forêt, hors des sentiers, la progression est freinée par de multiples pousses au sol, ronces rampantes ou fusain, lierre ou cornouiller mâle. Un groseillier rabougri évoque le premier des jardins. Déformé par les racines, une branche tombée, le trou d’un terrier, le terrain modère l’allure. La marche est pondérée, circonspecte, chaloupée. Il convient d’être attentif à chacun de ses pas, d’en mesurer l’allant avec précision. Tourner au besoin le pied, faire pivoter le buste, avancer l’épaule et incliner la tête pour se glisser sous un tronc abattu ou traverser l’amas de lianes qui permet d’éviter un roncier ou un taillis épais. Le corps tout entier est impliqué dans le déplacement, et l’esprit doit suivre. Ainsi traverser une forêt et y inventer son chemin à l’écart des pistes devient une sorte de danse ou de yoga, qui requiert une attention soutenue et aide à interrompre le cours des pensées inutiles. Cela permet de rallier l’instant présent, et d’habiter pleinement son corps. …

Extrait de « Les vertiges de la forêt » (Petite déclaration d’amour aux mousses, aux fougères et aux arbres) de Rémi Caritey – Collection « petite philosophie du voyage »