Lecture du jour n° 8 : Boîtes de pastilles

Boîtes de pastilles

L’homme pendant quarante ans n’a conduit que des autobus. Autocars de tourisme, longue distance de nuit, autobus circulaire, et depuis ses soixante ans, il y a cinq ans, un autobus d’école maternelle.

Les enfants s’agitent tout le temps, crient, le chauffeur ne peut absolument pas relâcher sa vigilance.

Exactement comme si c’était son véritable nom, ils l’appellent familièrement le « papi du bus », veulent toucher le volant, le frein à main ou sa casquette d’uniforme.

–   Tiens-toi tranquille, c’est dangereux, essaie-t-il de dire, en général sans résultat.

La main d’un enfant effleurée soudain est si petite qu’il en reste sans voix. L’homme n’a jamais eu d’enfants. Depuis qu’à la quarantaine sa femme est partie la première, il vit seul.

Le plus ennuyeux, c’est quand ils pleurent. Ils éclatent en sanglots bien trop facilement.

–   Allons, ne pleure pas. Si tu t’arrêtes, je te donne une pastille. Quel goût tu aimes ? Fraise, raisin, pêche, chocolat, menthe ?

–   Raisin.

–   Bon je vais me concentrer pour que ce soit du raisin.

L’homme secoue la boîte métallique, fait tomber une pastille sur la paume de la main de l’enfant.

–   Tu vois, regarde. Comme tu es gentil, tu as eu du raisin comme tu voulais.

–   L’enfant s’arrête aussitôt de pleurer. La pastille gonflant sa joue, il retient ses larmes et sourit.

L’homme a acheté cinq boîtes de pastilles, les a toutes vidées, les a remplies des pastilles du même parfum et les a dissimulées dans les poches de son uniforme. La fraise et le raisin dans les poches de droite et gauche de son blazer, la pêche et le chocolat dans celles de son pantalon, la menthe dans sa poche intérieure car c’est rare que les enfants aime la menthe.

Ainsi en entendant les pastilles s’entrechoquer, kata kata, dans ses poches, l’homme conduit son bus.

Yoko OGAWA – nouvelle traduite du japonais et tiré du livre La Mer