Lecture du jour n°7 : Le concours de musique

Le concours de musique

Timour Leng se piquait d’être un protecteur des arts. Il organise un jour un grand concours de musique entre les meilleurs joueurs de kopuz de la contrée.

Devant une nombreuse assemblée, les musiciens jouent à leur tour et convoitent le prix, qui est de mille dinars. Mais leur virtuosité, leurs recherches harmoniques et leur inspiration mélodique sont si merveilleuses qu’il sera presque impossible de les départager.

– A mon tour, maintenant, crie soudain Nars Eddin en faisant irruption sur l’estrade.

– Nars Eddin retourne à ta place, se fâche Timour. Tu ne connais rien au kopuz. Tu vas nous gâcher la journée et te ridiculiser aux yeux de tout le monde.

– C’est l’acte qui prouve, répond Nars Eddin. Qu’on me donne un instrument.

On lui apporte un magnifique kopuz en bois de cèdre incrusté d’ivoire et de nacre. Nars Eddin s’assied et il commence :

« Rang rang rang rang … » De la main gauche il frappe brutalement les six cordes tandis que de la main droite il remet en ordre son turban.

« Rang rang rang rang … » Il ne faut pas très longtemps pour que tout le monde commence à s’agiter et à murmurer.

Puis on crie :

– Assez, assez ! Tu nous écorches les oreilles !

« Rang rang rang rang … » continue à jouer Nars Eddin, tout en lissant négligemment sa barbe.

– Assez ! Maudit fils de chien ! lui crie Timour en portant la main au fourreau. Tu ne te rends donc pas compte que tu ne sais pas jouer ?

– Au contraire, Seigneur, rétorque Nars Eddin. Eux – et il désigne les musiciens assis au premier rang – cherchent encore tandis que moi, j’ai trouvé !

 

Sublimes paroles et idioties de Nars Eddin Hodja