Lecture du jour n°5 : Des gens tristes dans un petit théâtre

Des gens tristes dans un petit théâtre

Le balayeur laisse toujours la porte ouverte quand il quitte le théâtre : ils en profitent pour entrer. Le petit couple aux pigeons.

Lui, il est gris. Sa vie fut grise, il ne s’en remet pas.

C’est comme ça, il doit pleurer la nuit quand elle dort. Elle, elle est ronde, elle l’aime. Ils ont donc trouvé un truc pour moins souffrir de cette vie ratée : ils vont au théâtre quand il n’y a personne.

Il monte sur la scène, elle descend dans la salle. Il tire le rideau et apparaît, un petit homme gris debout sur les planches usées, dans une pénombre pleine de craquements. Et alors, elle l’applaudit. Elle l’applaudit à tout rompre. Elle l’applaudit longtemps, à s’en faire mal aux mains. Oh, comme elle l’aime ! Elle l’applaudit pendant de longues minutes et lui reste là, clignotant de bonheur, ses yeux lavés par tant d’amour.

Il salue, gauchement, les mains moites, le front brillant. Il salue et elle le rappelle, une fois, deux fois, trois fois.

Il salue sous une avalanche de roses et de lilas.

Les destins minuscules – Philippe Cousin